Exercice : l’adjectif possessif
NON, non, je ne suis pas venu à Paris en sabots, mais c’est en sabots que j’ai quitté village.
Depuis longtemps je voulais gagner vie à Paris. Ma mère s’opposait à départ et elle me surveillait, car j’étais capable de me sauver sans permission.
Chaque matin, comme je me levais avant elle, ma mère m’écoutait marcher. Si elle entendait sabots, elle se disait : « Il ne peut pas aller loin. » Si elle entendait souliers, elle me disait de lit, inquiète : « Où vas-tu, avec souliers ? ce n’est ni jour de fête, ni jour de foire. » Je répondais : « Maman, je vais à la charrue, et j’ai pris souliers parce que la pluie tombe et que ça patouillera dans les champs. »
Et je n’osais plus partir.
Mais un matin, je suis sorti de la maison, paire de souliers sous le bras, en faisant beaucoup de bruit avec mes sabots.
À quelque distance du village, par-dessus la haie du petit pré qui est à mère, j’ai jeté les sabots, comme un adieu, j’ai mis les souliers, et j’ai continué ma route vers Paris.
Quand ma mère amena sa vache au pré, elle trouva mes sabots.
D’abord elle ne comprit pas, elle m’appela ; elle revint à la maison ; elle chercha souliers, et lasse de chercher, elle s’assit au coin de la cheminée pour pleurer tout son soûl.
J. Renard, Bucoliques, 1905
« Venez, filles, venez, servantes, venez toutes me verser vins, philtres et parfums. » Mais toi, vieillard insensé, tu te prives de tous les avantages ; tu perds sans attendre aucun gain : tu donnes sans espoir de retour et tu imites ridiculement les travaux admirables de anachorètes, comme un singe effronté pense, en barbouillant un mur, copier le tableau d’un peintre ingénieux. Ô le plus stupide des hommes, quelles sont donc raisons ?
Paphnuce parlait ainsi avec une grande violence. Mais le vieillard demeurait paisible.
— Mon ami, répondit-il doucement, que t’importent les raisons d’un chien endormi dans la fange et d’un singe malfaisant ?
Paphnuce n’avait jamais en vue que la gloire de Dieu. colère étant tombée, il s’excusa avec une noble humilité.
— Pardonne-moi, dit-il, ô vieillard, ô mon frère, si le zèle de la vérité m’a emporté au delà des justes bornes. Dieu m’est témoin que c’est erreur et non personne que je haïssais.
A. France, Thaïs, 1890
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